L'histoire du football mondial aurait pu prendre une tournure radicalement différente si les recruteurs de la péninsule ibérique avaient obtenu gain de cause. Au début des années 2000, la Fédération espagnole de football (RFEF) repère un phénomène de quatorze ans qui survole les débats avec les équipes de jeunes du FC Barcelone. Alerté par les éducateurs de la Masia, le sélectionneur des moins de 16 ans espagnols, Gines Melendez, comprend rapidement qu'il fait face à un profil exceptionnel et tente d'activer discrètement les démarches pour lui offrir la double nationalité.
// RELATED STORIES
Vous aimez cet article ?
Recevez encore plus d'histoires captivantes en vous abonnant à notre newsletter. C'est gratuit !
Subscribe Sekarang →Selon plusieurs anciens dirigeants espagnols, la présence du futur prodige de Rosario au sein de la Roja aurait pu permettre au pays de remporter "une ou deux Coupes du monde de plus". Cependant, toutes les approches ibériques se heurtent à un refus catégorique de la famille. La position du jeune gaucher est alors inflexible : il ne souhaite revêtir que le maillot de l'Argentine. Le paradoxe de cette situation réside dans le fait qu'à cette époque, le natif de Rosario est totalement inconnu des radars de la Fédération argentine de football (AFA), n'ayant jamais reçu la moindre convocation chez les jeunes.
Le destin bascule fin 2002 lors d'une tournée européenne du sélectionneur argentin Marcelo Bielsa. D'après les souvenirs de son adjoint Claudio Vivas, un intermédiaire remet au staff argentin une cassette VHS contenant des actions du jeune joueur à la Masia. En visionnant les images, l'incrédulité s'empare de Marcelo Bielsa, qui demande à ce que la vidéo soit diffusée à vitesse normale, avant de réaliser que la vitesse d'exécution du gamin, capable de dribbler quatre adversaires consécutifs, est bien réelle. "C'est un phénomène", conclut alors le technicien surnommé "El Loco".
La rédaction constate que l'AFA a pourtant fait preuve d'une étonnante lenteur avant de sécuriser son futur joyau, les techniciens des sélections de jeunes craignant dans un premier temps que le niveau affiché par le joueur ne soit biaisé par la supériorité collective du FC Barcelone. Face à l'insistance grandissante des dirigeants espagnols, des figures de la fédération argentine, à l'instar d'Omar Souto, interviennent directement auprès de la famille pour la rassurer et gagner du temps, tandis que le président espagnol de l'époque ironise déjà sur le fait que l'Argentine aurait gagné le Mondial U17 si elle l'avait aligné.
Pour sceller définitivement l'avenir international de la "Pulga", les dirigeants argentins élaborent un stratagème devenu célèbre. À l'été 2004, le sélectionneur Hugo Tocalli et le patron de l'AFA, Julio Grondona, organisent deux matches amicaux de la sélection U20 face au Paraguay. L'objectif avoué est purement réglementaire : bloquer le joueur, puisque le règlement de la FIFA interdisait alors à quiconque ayant disputé une rencontre de jeunes pour une nation de changer de tunique par la suite.
Le 29 juin 2004 reste ainsi une date historique. Entré à la mi-temps de cette rencontre improvisée, Lionel Messi inscrit son premier but lors d'une démonstration collective (8-0). L'observation des archives montre que ce plan parfaitement exécuté a définitivement lancé la carrière internationale de l'attaquant. Quelques mois plus tard, il mène l'Argentine sur le podium du Sudamericano U20, avant de survoler le Mondial U20 à l'été 2005 en s'offrant les titres de meilleur joueur et de meilleur buteur, mettant un point final aux espoirs de l'Espagne.