Vingt ans après l'épopée dramatique de l'équipe de France en Allemagne, les langues se délient pour révéler l'intimité d'un groupe passé par toutes les émotions. Lors d'un entretien accordé au journaliste Anthony Clément pour L'Équipe, l'ancien milieu de terrain Vikash Dhorasoo s'est confié sans fard sur son expérience contrastée de remplaçant de luxe. Si le grand public garde en mémoire le parcours héroïque guidé par Zinédine Zidane, le joueur insiste sur la complémentarité exceptionnelle du duo Claude Makelele et Patrick Vieira. Selon lui, la mobilité surprenante de "Pat" Vieira pour son grand gabarit inversait les rôles habituels et offrait un équilibre parfait au milieu de terrain, particulièrement lors du quart de finale d'anthologie remporté face au Brésil.
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Subscribe Sekarang →La compétition n'a pourtant pas été un long fleuve tranquille, le premier tour ayant été marqué par de vives tensions et des critiques médiatiques acerbes. D'après Vikash Dhorasoo, le déclic a eu lieu avant le match décisif contre le Togo, où la pression était maximale. L'équipe s'est alors soudée autour du fameux leitmotiv "seuls contre tous". Les observations de la rédaction rappellent que le groupe se protégeait dans son château face à des journalistes omniprésents. Cette bulle permettait aux joueurs de s'évader à travers des tournois de poker à grosses sommes impliquant Barthez ou Zidane, des barbecues clandestins dans une auberge allemande ou la lecture d'ouvrages sélectionnés par Bernard Pivot, un quotidien atypique où le rythme de sommeil finissait par s'inverser.
Le grand regret de Vikash Dhorasoo demeure sans conteste son entrée en jeu lors du premier match de poule face à la Suisse, qui s'est soldé par un match nul (0-0). Entré à la 84e minute, il voit sa frappe frôler le poteau à la dernière minute. "Je rêve encore de cette frappe, je la revois sans arrêt", avoue-t-il avec émotion, conscient qu'un but aurait radicalement transformé le reste de son tournoi et le cours de sa vie. Le constat de la rédaction met en lumière la fragilité du statut de remplaçant, accentuée par des quiproquos avec le sélectionneur Raymond Domenech. Une blessure à l'adducteur signalée à la mi-temps du match contre le Togo privera ainsi le joueur d'une titularisation pourtant promise en l'absence de Zidane, suspendu.
La gestion humaine de Raymond Domenech reste un point central des confidences de l'ancien Havrais, qui salue la causerie mémorable "sur les tripes" délivrée avant la finale perdue contre l'Italie. Cependant, des incompréhensions tactiques subsistent. Vikash Dhorasoo ne digère toujours pas le choix du coach de lancer Alou Diarra plutôt que lui à la 56e minute de la finale, suite à la blessure de Patrick Vieira. Selon ses dires, Raymond Domenech lui a récemment confessé qu'il aurait dû le faire entrer à ce moment-là. Cette frustration fut d'ailleurs immortalisée de manière polémique dans son film documentaire "Substitute", tourné clandestinement à l'aide d'une caméra personnelle, ce qui lui vaudra les foudres de Patrick Vieira le soir de la finale.
Malgré l'amertume de la défaite aux tirs au but, le tournoi a laissé des souvenirs impérissables et parfois magiques à l'enfant de Caucriauville. Des vestiaires en fête après l'Espagne et le Brésil, où Zinédine Zidane a tenu sa promesse de danser, aux visites surréalistes de personnalités, l'aventure reste unique. Le milieu de terrain d'origine indienne se remémore avec une fierté non dissimulée les instants magiques d'après-finale : la venue du cinéaste américain Spike Lee ainsi que l'apparition de la légende Diego Maradona, venu saluer David Trezeguet, qui lui adressa un signe de la main à l'autre bout de la pièce. Un geste simple mais inoubliable pour conclure un Mondial de légende.