Tandis que la Coupe du monde fait déjà gonfler les pulsions identitaires, les Bleus s'apprêtent à disputer une demi-finale historique contre l'Espagne ce 14 juillet, jour de la fête nationale. Il s'agit d'une première pour la sélection nationale, et cette coïncidence calendaire tombe plutôt bien. Cette génération de footballeurs affiche en effet volontiers ses sentiments patriotiques à travers les symboles républicains. Selon les spécialistes, il ne faut pas y voir une simple réaction défensive aux attaques racistes dont elle est parfois la cible, mais le fruit d'une tendance de fond née après le traumatisme de Knysna en 2010.
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Subscribe Sekarang →D'après l'historien Pascal Blanchard, l'année 2010 a marqué un tournant majeur avec une forte polarisation des critiques sur les postures des joueurs. "C'est le moment où la Fédération a repris en main le positionnement des joueurs, la symbolique de chanter l'hymne, un certain nombre de postures pour produire un discours plus policé et lisible pour le grand public", explique-t-il. Alors qu'à l'époque de Michel Platini, personne ne formalisait de telles exigences, les internationaux savent désormais, dès les sélections de jeunes, que leur attitude face à la Marseillaise sera scrupuleusement observée par le public et les médias.
Les dynamiques générationnelles ont également évolué avec l'avènement des plateformes numériques. L'historien poursuit en soulignant qu'il y a chez les joueurs actuels "une forme de patriotisme plus assumé. Ce n'est pas subi, mais pensé". Très attentive à son image sur les réseaux sociaux, la nouvelle génération se montre particulièrement sensible à la question de l'identité nationale. Cette conscientisation accrue fabrique un environnement où porter le maillot tricolore dépasse largement le simple cadre de la performance sportive.
En interne, cette philosophie est incarnée par Mohamed Sanhadji, l'officier de sécurité très apprécié du groupe, dont les expressions fétiches avaient été reprises par Paul Pogba ou Blaise Matuidi lors du Mondial 2018. Antoine Griezmann avait lui-même justifié l'usage de la formule "Vive la France, vive la République" en déclarant qu'il fallait être fier de son pays et transmettre cette fierté aux jeunes générations. Cette volonté d'intégrer la sélection au cœur de la nation est activement encouragée depuis 2012 par le sélectionneur Didier Deschamps, qui rappelle sans cesse qu'il n'y a rien au-dessus de cette mission républicaine.
Observation de la rédaction : la réconciliation entre l'equipe de France et ses supporters s'est également forgée dans l'épreuve des drames nationaux. Marqués par les attentats du 13 novembre 2015 vécus depuis le Stade de France, les joueurs se perçoivent désormais comme des ambassadeurs de l'unité nationale et du "vivre ensemble". Un proche du groupe confie que les footballeurs vivent cette responsabilité comme un véritable devoir citoyen, représentant à la fois la réussite de la banlieue et la diversité du pays tout entier.
Cette charge mémorielle reste très vive à l'aube des grandes échéances sportives. Interrogé en conférence de presse, le défenseur Jules Koundé a rappelé que la date du 14 juillet coïncidait aussi avec le deuil des attentats de Nice, envoyant une pensée solidaire aux familles des victimes tout en exprimant son souhait de rendre les Français fiers. Le capitaine Kylian Mbappé s'inscrit pleinement dans cette lignée, lui qui avait arboré un masque bleu-blanc-rouge lors de l'Euro 2024 et maintient des échanges réguliers avec le président Emmanuel Macron. Didier Deschamps sait toutefois que cette harmonie reste fragile et demeure intimement liée aux résultats sportifs.